L’économie sociale et solidaire : principes, fonctionnement et enjeux

L’économie sociale et solidaire : principes, fonctionnement et enjeux

Les grands principes de l’économie sociale et solidaire

L’ESS en quelques mots

Comme son nom l’indique, l’économie sociale et solidaire (ESS) est une alternative économique dont la finalité n’est pas de créer du profit, mais de mettre au premier plan la dimension sociale. Concrètement, les entreprises appartenant à ce système ont en commun un certain nombre de caractéristiques :

  • Une forme juridique particulière (coopératives, associations, mutuelles…);
  • Une société rassemblant des personnes physiques et non des capitaux;
  • Une organisation démocratique;
  • Des missions à visée sociale, voire de service public;
  • Un fonctionnement le plus souvent local;
  • Des bénéfices uniquement employés à des projets à finalité environnementale, sociale, éducative, etc.

Les sociétés ESS adhèrent à des valeurs fondamentales, qui mettent notamment les êtres humains au cœur de l’économie, privilégiant un fonctionnement autonome et égalitaire. Ici, pas question d’actionnaires ou de profits : l’intégralité des bénéfices est investie dans des projets répondant aux valeurs de l’ESS ou bloquée à des fins ultérieures.

Économie sociale et solidaire : quelques chiffres et quelques noms

En France, l’ESS regroupe aujourd’hui plus de 265.000 établissements employeurs, dont une large part d’entreprises, représentant 10,5% des salariés du pays – soit 2,4 millions de personnes. Selon le dernier Observatoire national de l’ESS, en 2015, un emploi sur cinq était créé dans une société de l’économie sociale et solidaire. Le secteur regroupe aussi des millions de bénévoles et d’adhérents sur le territoire français. En Europe, ce sont pas moins de 2,8 millions de sociétés ou d’associations qui appartiennent à ce type d’économie, représentant 13,6 millions de postes salariés – soit 6,3% des actifs des pays de l’UE. Les acteurs de l’ESS sont aussi divers dans leur forme que dans leur taille, leur domaine d’action ou leur statut juridique. Ainsi, l’économie sociale et solidaire peut intégrer aussi bien les associations sportives ou culturelles de quartier que des structures internationales comme Emmaüs, des assureurs tels que la MACIF, des établissements bancaires comme le Crédit Coopératif, des chaînes de magasins comme Biocoop ou encore des coopératives regroupant des agriculteurs ou des artisans. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de l’ESS : cette immense variété de structures, dont la diversité est à même de changer durablement le visage de l’économie.

Les valeurs fondamentales de l’ESS

Toutes les organisations relevant de l’économie sociale et solidaire adhèrent aux valeurs fédératrices de ce mouvement. Ainsi, l’ESS fait des femmes et des hommes l’élément central et la finalité du système, tout en plaçant la solidarité et la responsabilité au cœur des décisions. Celles-ci sont prises de façon démocratique : une personne = une voix. Quels que soient le statut et les projets envisagés, l’adhésion est toujours volontaire. La gestion des structures est entièrement autonome et indépendante des instances gouvernementales, avec lesquelles la coopération est toutefois bienvenue. Enfin, la destination des bénéfices des entreprises de l’ESS est très réglementée : ils sont, pour l’essentiel, employés au développement de l’activité de la société et les réserves sont constituées en fonds impartageables. De par la diversité des structures qui y adhèrent et des secteurs d’activité représentés, l’économie sociale et solidaire offre un visage changeant et une définition en constante évolution.

Le fonctionnement de l’économie sociale et solidaire

Les principaux organismes intervenant dans l’ESS en France

L’économie sociale et solidaire fonctionne grâce à un vaste réseau de structures mêlant les pouvoirs publics, des associations et des regroupements d’acteurs du secteur. Voici les plus importantes d’entre elles :

  • Le Ministère de la transition écologique et solidaire, qui est chargé, par l’intermédiaire du Haut-commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale, de la politique de l’État en matière d’ESS;
  • La Chambre française de l’économie sociale et solidaire (ESS France), qui représente les acteurs de l’ESS auprès des instances dirigeantes françaises et européennes;
  • Le Conseil national des chambres régionales de l’économie sociale (CNCRES), qui promeut l’action desdites chambres et les représente au niveau national;
  • Le Labo de l’ESS, véritable pépinière d’idées, qui contribue au développement de projets en adéquation avec les valeurs du secteur;
  • La Fonda, un autre laboratoire d’idées doublé d’une « boîte à outils » destinée aux associations;
  • L’Association des fondations de l’économie sociale (ASFONDES), qui travaille à la création d’outils destinés à faciliter le développement des actions et des projets solidaires des acteurs de l’ESS;
  • L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES), qui regroupe 70.000 entreprises – tous domaines confondus – soit 80% des employeurs du secteur;
  • Le Centre des jeunes, des dirigeants, des acteurs de l’économie sociale (CJDES), qui regroupe des cadres et des dirigeants de l’ESS et a pour but de promouvoir ses valeurs;
  • Coop FR, qui fédère les entreprises coopératives;
  • Le Mouvement Associatif, qui représente un demi-million d’associations en France;
  • L’Économie sociale partenaire de l’école de la République (ESPER), qui abrite 40 organismes œuvrant dans le domaine de l’éducation;
  • La Mutualité Française, qui rassemble 500 mutuelles de santé – soit 38 millions de bénéficiaires;
  • L’ Union des fédérations et syndicats nationaux d’employeurs sans but lucratif du secteur sanitaire, médico-social et social (Unifed).

La Loi ESS, une avancée notable pour le secteur

Promulgué le 31 juillet 2014, ce texte a marqué un tournant dans l’histoire de l’économie sociale et solidaire en France. En effet, jusque-là, les structures du secteur ne comprenaient pas d’entreprises, mais uniquement des associations, coopératives, mutuelles et fondations. Avec la création du statut ESUS – entreprise solidaire d’utilité sociale – le gouvernement a ouvert la porte de l’ESS aux sociétés commerciales. Cette loi a différents objectifs, dont celui de permettre à de nouvelles formes d’entrepreneuriat d’émerger. La volonté des pouvoirs publics était également d’encourager les salariés à se regrouper pour agir, de renforcer les actions de développement durable à l’échelle locale et de contribuer au développement du réseau de l’ESS en France. De plus, la création de l’agrément ESUS offre une opportunité de poids aux entreprises qui en bénéficient : celui d’accéder aux ressources du financement solidaire.

Le financement solidaire : fonctionnement et outils

Comme nous l’avons vu plus haut, la distribution des bénéfices est très réglementée dans le cadre de l’ESS, excluant tout profit individuel. Se pose alors la question du financement des sociétés et des projets. C’est là qu’entre en jeu le financement dit « solidaire », qui regroupe différents outils, notamment :

  • Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), qui permet aux particuliers qui le souhaitent de faire don d’une partie de leurs économies à différentes structures de l’ESS;
  • Les labels ISR (investissement socialement responsable) et Finansol, qui garantissent aux investisseurs que leur argent est effectivement employé pour soutenir des sociétés répondant à des critères précis en termes sociaux, environnementaux et de gouvernance (ESG);
  • • Le contrat à impact, qui permet de créer un partenariat public/privé pour financer des projets environnementaux ou sociaux, l’État remboursant les investisseurs si les objectifs fixés sont atteints.

Les enjeux de l’économie sociale et solidaire

L’utilité sociale : remettre l’humain au cœur de l’économie

Principe incontournable de l’ESS, la poursuite de l’intérêt général est l’un des critères d’attribution de l’agrément ESUS. Ce rôle social peut revêtir différents aspects : venir en aide aux personnes les plus fragiles, agir pour la cohésion sociale et œuvrer pour un changement sociétal en profondeur. Ainsi, les acteurs du secteur se positionnent notamment sur l’accueil et l’encadrement de loisirs des enfants, l’aide à domicile, l’hébergement social, l’insertion, mais aussi l’éducation et l’accès à la culture. À l’heure d’une crise planétaire sans précédent, le lien social semble plus que jamais indispensable.

L’égalité homme – femme : un des défis majeurs de l’ESS

Représentant clairement l’un des principaux enjeux sociétaux de notre temps, la parité fait partie des principes fondamentaux implicites de l’ESS. En 2017, plus de la moitié des cadres du secteur et 68% des employés étaient des femmes : des chiffres bien meilleurs que ceux relevés dans le privé, où les écarts de salaires demeurent également importants entre les femmes et les hommes (7,9 % chez les employés, 20,6 % chez les cadres). L’Observatoire de l’ESS publie régulièrement des données sur la parité, par ailleurs définie comme « grande cause du quinquennat » par M. Macron en 2015.

Transition écologique et urgence climatique

Par leur action de soutien aux projets environnementaux et le développement de filières locales, les structures de l’ESS se positionnent naturellement comme des acteurs de la transition écologique. Elles innovent notamment dans ce qu’on appelle les éco-activités, qui travaillent sur le moyen d’envisager autrement les filières économiques :

  • En amont, par des actions d’éducation, de prévention et de sensibilisation;
  • Au cours des phases de production et de consommation, par le développement de solutions alternatives;
  • En aval, par la promotion du recyclage et de la valorisation des déchets.

Outre son rôle social et sociétal, l’ESS a donc une place centrale dans la mise en place d’un mode de vie plus respectueux de la Terre et plus conscient des enjeux environnementaux.

Donner, une nouvelle circulation des objets

Donner, une nouvelle circulation des objets

De nouveaux modes de consommation

Les grafiterias

« On n’est jamais aussi heureux que dans le bonheur qu’on donne. Donner, c’est recevoir. » Ces paroles de l’Abbé Pierre sont en résonnance avec un changement profond de nos modes de consommation. Car le partage et le don se développent aujourd’hui dans une économie collaborative toujours plus inventive. L’idée des grafiterias, ou foires gratuites, est née au cours de l’année 2010 à Buenos Aires, le jour où l’étudiant argentin Ariel Rodriguez Bosio crée une zone de gratuité pour se désencombrer d’objets devenus inutiles. Le principe crée l’enthousiasme et s’exporte avec un succès grandissant. C’est à présent plus de 25.000 événements qui sont organisés simultanément, rien que sur le territoire français. Sous le signe de la bonne humeur et du sourire, chaque participant peut venir prendre et/ou donner des objets, des aliments ou des idées. Chacun peut y produire des performances artistiques ou encore proposer des services et des compétences. Car dans une grafiteria tout est gratuit, sans réciprocité, et la manifestation, qu’elle dure quelques heures ou une journée entière, a un goût de fête et un pétillant de liberté. La réussite de l’événement demande, certes un peu de travail de communication, la prise de contact avec des associations et le respect de quelques règles élémentaires pour définir un étiquetage et délimiter les différents emplacements entre exposants, animations et convivialité d’un café. Il reste qu’organiser une grafiteria, dans un lieu public et en accord avec la Mairie est clairement à la portée de tous.

La Boutique sans argent

Dans la même mouvance, la Boutique sans argent, inspirée du concept de free shop, né aux États-Unis à la fin des années 60, est fondée par des bénévoles en 2013 au 2 rue Edouard Robert, dans le 12ème arrondissement de Paris. Du mardi au samedi, ce lieu alternatif permet de donner ou de venir prendre des objets en bon état et transportables à la main, sur la base de la gratuité et de l’économie circulaire. À la Boutique sans argent, il n‘y a ni transaction monétaire ni échange, ni troc. Les objets y trouvent une seconde vie et le simple acte de donner permet d’interroger et de sensibiliser les utilisateurs sur des modes de consommation plus responsables. Le projet fait écho au Magasin pour rien à Mulhouse ou à d’autres encore qui essaiment un peu partout en Europe. À la Boutique sans argent, on peut passer en coup de vent mais aussi suivre des ateliers et partager des savoir-faire en toute convivialité.

La slow fashion

La slow fashion, ou slow ware est une réponse directe à notre consommation vestimentaire toujours plus avide de modes éphémères. Car le prêt à porter à bon marché est bien l’une des industries les plus polluantes de la planète, avec un impact écologique dévastateur sur l’environnement, entre rejets toxiques, besoins en eau et en matières premières phénoménaux et transports effrénés, sans compter l’existence d’une main d’œuvre souvent exploitée. Loin de cette frénésie sans fin, la slow fashion apporte une prise de conscience éthique et responsable ainsi qu’un moyen d’action concret, avec la possibilité d’offrir à un vêtement ou à un bijou que l’on ne porte plus une deuxième vie. De nombreuses plateformes comme Vinted, Vide Dressing ou Le Bon Coin se sont développées sur la toile pour donner, échanger ou revendre à prix modiques les affaires que l’on a triées et sorties de l’armoire, pourvu qu’elles soient propres et en bon état. Sur les réseaux sociaux et de façon plus locale, le don a également le vent en poupe, en dehors de tous les sentiers battus des modes imposées.

Effets positifs

Privilégier le lien social

Le don est le contraire de l’échange commercial puisqu’il libère celui qui reçoit de toute obligation de retour. Il résonne de cet écho étrangement heureux et immédiat en transmettant le désir de donner à son tour, comme un rayonnement joyeux qui invite à participer. Entre celui qui donne et celui qui reçoit il y a la naissance d’un lien au travers des paroles échangées, d’un sourire ou du simple plaisir d’une transaction libre de toute contrainte. Le don est véritablement créateur de lien social et au-delà de la part toujours plus grande des nouvelles technologies qui nous posent derrière un écran, le succès grandissant d’événements tels que les grafiterias est révélateur de notre besoin individuel et collectif de développer de la relation humaine. Sur Facebook, quand un groupe social comme Montreuil récup recycle voit le jour en juin 2013, directement inspiré de BXI récup, il crée la rencontre entre des montreuillois qui se croisent habituellement sans se voir. Son succès n’a fait depuis que croitre, dans un foisonnement d’échanges d’objets de toute sorte, du lit en mezzanine au service à thé retrouvé au fond d’un placard en passant par la collection de GeoAdos parce que l’ado a bien grandit. L’objet que l’on désire récupérer n’est jamais très loin et l’on découvre parfois, à quelques rues de chez soi, l’existence d’un voisin ou d’une voisine drôlement sympathique.

Bon pour l’environnement

Donner une seconde vie à nos objets courants, les réparer, les recycler ou les transmettre en toute gratuité, s’inscrit dans la grande mouvance de la décroissance et du développement durable que l’on connait aujourd’hui. C’est une prise de conscience globale, la même qui nous fait lire mécaniquement les étiquettes des produits que l’on achète pour voir quelle est la provenance de cette tomate, de cette escalope de poulet ou de ce kilo de pommes de terre exposés en rayon. Sortir du réflexe d’acheter-jeter-acheter pour jeter à nouveau, c’est autant de transports en moins d’un bout à l’autre de la planète, autant d’énergie économisée à vouloir produire toujours plus indéfiniment. Donner, c’est inscrire une action forte en tant que consommateur, une action qui rejoint la parabole du colibris chère à Pierre Rabhi, « Je fais ma part ».

Une nouvelle façon de consommer

Cette nouvelle circulation des objets s’inscrit dans l’éclosion d’une consommation en plein développement, une consommation qui devient moyen d’expression. Et si les crises économiques et sociales récurrentes en accentuent le mouvement, il y a aussi le besoin d’apporter un sens à nos occupations et à nos actions, comme à notre façon de consommer. L’économie collaborative du don, de l’échange et du partage, bien plus qu’un phénomène de mode est un phénomène de société qui vient modifier en profondeur nos habitudes de consommation.

Effets pervers

Peu de contrôles

Il reste que sur les plateformes de don comme au sein des nombreux groupes sociaux qui permettent la transmission d’objets en tout genre, le seul contrôle demeure à la volonté des utilisateurs. Les règles y sont souvent les mêmes, privilégiant les dons, sans troc ni échange, ni publicité. Les dons d’animaux ou de médicaments y sont proscrits et il est demandé à chacun de rester respectueux et courtois. Il peut cependant arriver que certains comportements dérapent, qu’un acquéreur ne se présente pas ou pire, prenne des dons pour les revendre à son tour. Des objets peuvent être sales ou cassés et ne pas correspondre à l’attente du receveur. Malgré tout, ces désagréments restent rares, à la marge, et ne suffisent pas à endiguer la grande mouvance de cette nouvelle économie solidaire.

Une utilisation 100% digitale

À l’ère du digital, et en dehors de lieux fixes comme la Boutique sans argent, les plateformes de dons et autres groupes sociaux sont de grands consommateurs d’énergie numérique, un secteur responsable de près de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Et ce chiffre devrait doubler d’ici 2025. Le succès de plateformes comme Le Bon Coin n’incite-t-il pas également à une déculpabilisation des comportements d’achats impulsifs et de surconsommation pour certains, alors même que ces personnes revendiquent des valeurs environnementales ? Rappelons que le bon sens est une valeur en soi, qu’elle se transmet par l’éducation et se développe en toute conscience.

Un risque pour l’économie de marché ?
Pour les réfractaires au changement et les partisans de la croissance, il y a cette équation insoluble, la décroissance entraînant la récession, puis le chômage et la misère. Or nous savons aujourd’hui que l’on ne peut croitre indéfiniment dans un monde fini. Peut-être est-il temps d’apprendre à générer une croissance maitrisée et durable. C’est ce que propose la croissance verte ou la green économie, une façon de produire et de consommer qui transforme notre relation aux objets, à la notion de propriété et à notre rapport à l’environnement.

EMMAÜS ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

Emmaüs et le développement durable

Un mouvement solidaire au service des plus pauvres

La naissance d’un mouvement solidaire et responsable

Véritable acteur du développement durable depuis sa création, le mouvement solidaire Emmaüs continue sa mutation et ne cesse de s’adapter à l’évolution de notre société. En précurseur de l’économie solidaire et circulaire, Emmaüs est un véritable maillon permettant aux plus démunis et aux exclus, de retrouver une place au sein de notre société, via le travail et le don de soi. Retour sur l’activité phare du mouvement : la récupération. En effet, c’est de l’esprit de l’Abbé Pierre qu’est née cette idée de mouvement en faveur des plus nécessiteux. Répondant à l’origine à la misère engendrée par la Seconde Guerre mondiale, Emmaüs continue de s’adapter aux nouvelles formes de pauvreté en apportant des solutions originales et novatrices contre l’exclusion. Ancien résistant, devenu député proche du mouvement chrétien socialiste, l’Abbé Pierre, de son vrai nom Henri Grouès, n’a jamais failli dans son combat contre la pauvreté. Déjà en 1949, sa rencontre avec Georges Legay, futur premier compagnon Emmaüs, annonce les prémices du mouvement. L’Abbé Pierre quitte la politique en 1951 pour se consacrer exclusivement à la petite communauté qu’il a créé dans sa maison de Neuilly-Plaisance. L’activité de chiffonnier est au centre de cette vie communautaire. Elle permet à de nombreux sans-abris de retrouver un toit et un travail. La fondation de l’association Emmaüs remonte à 1954, 9 ans après la Seconde Guerre mondiale. La France souffre toujours d’une grave pénurie de logements qui touche les plus pauvres. L’année 1954 connaît aussi un hiver particulièrement rigoureux qui menace – et parfois tue – les plus fragiles. L’Abbé Pierre décide alors d’agir en lançant un appel à l’aide sur les ondes de Radio Luxembourg. Les dons récoltés, à hauteur de 500 millions de francs de l’époque, permettent à l’association d’acheter un immeuble dans Paris, point de départ d’un mouvement qui regroupe aujourd’hui plus de 300 entités différentes, aux quatre coins du monde.

Une fédération de communautés

Avant la naissance de l’association, le mouvement Emmaüs compte déjà plusieurs communautés qui travaillent en autonomie. Chaque entité y développe sa propre activité, souvent centrée autour de la récupération et de la « chine ». La création de l’association, puis l’adoption de textes fondateurs, vont alors permettre de donner un sens commun à l’ensemble de ces communautés. L’Abbé Pierre participe entre 1959 et 1960 à plusieurs conférences partout dans le monde. Son message pousse de nombreuses personnes à se regrouper et à former à leur tour leurs communautés. Ce sont aujourd’hui près de 350 groupes dans 37 pays qui sont réunis sous la bannière d’Emmaüs International, fondée en 1971, menant des activités très diverses dans des contextes locaux variés, allant de la récupération d’objets au logement social, de l’insertion professionnelle au microcrédit, en passant par l’agriculture.

Les 3 grandes actions d’Emmaüs

En France, le mouvement Emmaüs est scindé en trois grandes branches : les communautés, l’action sociale et l’économie solidaire. Chacune de ces branches mène une action commune aux 2 autres : redonner aux plus pauvres et aux exclus de la société, la possibilité de reprendre leur vie en main et de retrouver une dignité. La branche communautaire, la plus connue et la plus visible à travers les 119 communautés autonomes et auto-subsistantes qui émaillent notre territoire, permet aux accidentés de la vie de « se refaire une santé ». Ces lieux d’accueil mettent l’accent sur le réapprentissage des règles de vie en société et permettent aux personnes de retrouver une activité, voire de se former, grâce à la récupération et à la revente d’objets en tous genres : vêtements, jouets, meubles, outils, appareils électriques et électroménagers, vaisselle, textile de maison, tout ce que peut rassembler la literie, livres, papeterie, tables, bureaux, tableaux, luminaires en tout genre, …. La branche action sociale et logement réunit les structures d’accueil et SOS Familles Emmaüs. Le scope d’activité des structures d’accueil, d’hébergement et de logement est très large, allant de l’accueil d’urgence à la réinsertion et de l’accompagnement social à la réhabilitation de logements. SOS Familles Emmaüs est quant à elle soutenue par des bénévoles qui apportent conseils et aides financières aux ménages en difficulté. Enfin, la branche économie solidaire et insertion regroupe les comités d’amis et les structures d’insertion. Les comités d’amis fonctionnent de la même manière que les communautés. Ils sont cependant animés par des bénévoles; l’argent récolté vient soutenir familles, associations locales et projets Emmaüs. Les structures d’insertion ont vocation à former des personnes exclues de la société en travaillant sur des problématiques très diverses : formation professionnelle, logement, santé, budget…

Emmaüs, précurseur du recyclage

Le socle de la fondation Emmaüs

L’activité des communautés Emmaüs est centrée sur la récupération et la revente d’objets par les Compagnes et Compagnons. En redonnant vie à des produits tels que des meubles ou de l’électroménager, les communautés embrassent complètement les notions de recyclage, de développement durable et d’économie circulaire, respectueuses de l’environnement. L’argent issu des ventes permet à chaque communauté de vivre en autonomie. À l’origine, les Compagnons exerçaient principalement l’activité de chiffonniers en récupérant des vêtements et des tissus qu’ils reprisaient puis revendaient à moindre coût à des personnes aux faibles revenus. C’est à la suite des chocs pétroliers des années 1970 que les communautés se sont tournées vers le bric-à-brac, constituant aujourd’hui l’essentiel des ventes. Le public d’acheteurs s’est élargi et concerne désormais toutes les couches de la société.

Le don d’objets

La notion de don est centrale dans le fonctionnement d’Emmaüs. Elle concerne à la fois le don d’objet par des particuliers et le don de sa personne et de son temps, pour une cause humaine. Les communautés acceptent tous les types de dons – meubles, vêtements, objets en tout genre – encore utilisables, recyclables ou réparables. Le ramassage de vos objets peut se faire de multiples façons. Il peut avoir lieu à votre domicile, par le biais de camions qui sillonnent votre région. Il vous suffit de contacter du lundi au samedi la communauté la plus proche afin d’établir une date d’enlèvement. Il est aussi possible de participer aux Collectes Solidaires de Quartier. Vous pouvez bien entendu déposer vous-même vos objets directement dans les locaux de la communauté. Emmaüs se tourne également vers d’autres sources de dons, notamment vers les entreprises, en collectant textiles et électroménager. La plateforme GEMmaüs, près de Toulouse, récupère les invendus où ils sont triés puis redirigés vers les communautés aux alentours. Enfin, et ce depuis sa création, Emmaüs accepte toujours les dons financiers et les legs directs aux communautés locales.

Le respect de l’environnement

Le Mouvement Emmaüs, de par son activité, est automatiquement concerné par les réglementations sur l’environnement et par le traitement des déchets. La collecte et le tri se sont spécialisés en filières. On retrouve ainsi la filière textile, alimentée par les dons de vêtements des particuliers via les aménagements de Points Relais sur les trottoirs de nos villes. Une autre filière, spécialisée dans les équipements électriques et électroniques, a été créée en 2006. Associé au prestataire Eco-Systèmes, Emmaüs récupère l’électroménager des particuliers. Ce qui peut être réparé est revendu par la communauté tandis que les appareils trop endommagés sont récupérés par le partenaire pour une dépollution et un recyclage selon des normes réglementaires strictes. Depuis 2013, une troisième filière destinée à la récupération et la revalorisation des meubles a été créée. Elle rassemble ainsi l’ameublement des particuliers et des entreprises. Comme pour l’électroménager, les meubles non réutilisables en l’état, sont recyclés et transformés en nouveaux produits, respectant ainsi les notions d’économie circulaire et de développement durable.

La revente des objets

Comment acheter chez Emmaüs?

Une fois restaurés ou recyclés, les dons sont remis en vente pour le grand public. Le mouvement Emmaüs précise que l’achat dans les communautés n’est pas réservé aux plus fragiles économiquement. Chacun peut y trouver son compte, des nécessaires ustensiles de cuisine aux objets décoratifs les plus rares. Il existe près de 350 points de vente à travers le pays, se situant directement en ville ou en périphérie. Le site internet d’Emmaüs France vous propose de retrouver la salle de vente la plus proche dans son onglet « Où donner / où acheter ». Emmaüs propose depuis 2016 sa propre plateforme d’achat en ligne, appelée Label Emmaüs. Loin de vouloir concurrencer les mastodontes du secteur, le mouvement souhaite surtout redonner du sens à notre consommation et à l’acte d’achat, en proposant des produits de récupération remis à neuf ou créés à partir d’objets recyclés. Emmaüs s’inscrit d’ailleurs depuis toujours comme le précurseur du très tendance DIY, pour Do It Yourself, où faire soi-même.

L’achat solidaire

Tout comme le don, l’achat chez Emmaüs relève d’une véritable démarche solidaire. Votre acte permet tout d’abord de faire vivre une communauté. Il permet aussi de pouvoir mettre des projets en place, qu’ils concernent directement la communauté – bâtiments, aménagements – ou d’autres actions comme des dons vers d’autres pays. Il permet aussi et surtout de redonner à des femmes et des hommes le sentiment d’être utiles à la communauté et leur permet de retrouver leur dignité par le travail après des parcours souvent chaotiques.

La consommation responsable

Acheter chez Emmaüs, c’est aussi faire preuve de l’envie de consommer différemment. À l’époque de la consommation de masse, Emmaüs souffre encore de son image populaire vendant des produits de seconde main aux plus démunis. Le mouvement propose pourtant un véritable modèle d’économie circulaire et solidaire qui se veut plus respectueuse de l’environnement et qui donne du sens au fait d’acheter. En proposant des produits restaurés et parfois recyclés, le mouvement entend démontrer qu’il est possible de consommer de façon responsable et de revaloriser nos déchets plutôt que de systématiquement jeter. En faisant un geste pour l’environnement, Emmaüs entend également démontrer que l’économie circulaire aide à résoudre les problèmes de pauvreté et de mal-logement.